ARTISTES 2 MERDE POLITISEZ-VOUS fait référence à la deuxième édition du journal mural "La Coupure" qui a été publiée en avril 2019, dont je ne suis aucunement à l'origine.

Cette publication a pour vocation de placarder dans les rues de la capitale des dénonciations de conditions de travail et de pratiques inadmissibles qui sont pourtant si courantes dans le monde de l'art. La phrase "Artiste 2 merde Politisez-vous" a notamment été reprise sur plusieurs banderoles du mouvement "ART EN GRÈVE", collectif de collectifs qui a vu le jour lors de son appel à la manifestation contre le régime des retraites, l'assurance chômage... du 5 décembre 2019.

Ayant déjà une politique de travail et une conscience de nombreuses inégalités dans le monde de l'art dès mes études, j'ai par la suite fait le choix de ne pas travailler avec certaines personnes, de refuser des propositions de collaborations qui auraient pu être "avantageuses" pour moi en théorie, afin d'alimenter mon CV, créer cette fameuse "expérience" dont on entend très tôt souvent parler. Malgré tout, ces endroits me posaient des problèmes éthiques et humains.

En ayant pourtant connaissance de ces écueils, cela ne m'a pas empêchée de travailler gratuitement, de le faire même "avec passion" et en total oubli de moi, car je ne considérais pas mon travail pratique, théorique... comme du travail.
Evidemment, toute l'éducation liée à l'art et le privilège de pouvoir effectuer des masters d'arts dans des écoles publiques a également alimenté un sentiment de culpabilité. Il était donc normal d'accepter certaines conditions de travail, qui pouvaient être davantage de l'ordre de l'exploitation, sous réserve que j'aimais les projets sur lesquels j'avais décidé de travailler.

Lors d'un travail collaboratif de 2 ans, j'ai subi les derniers mois une destruction psychologique de la part de la personne à l'origine du projet qui adoptait un comportement de harcèlement moral.

Cela a engendré pour moi un burn out et une prise de conscience très radicale des dangers de ces comportement pourtant si courants et acceptés dans le monde de l'art. Ce projet a été rémunéré sur les 3 derniers mois. La somme perçue a servi à me remettre des dommages psychologiques créés.

S'en est suivi une période d'inactivité artistique, qui se veut finalement tout à fait courante dans ce genre de cas, mais qui mettait pourtant mois après mois en péril ma possibilité de pouvoir un jour créer à nouveau. Laissant des trous temporels se glisser dans le CV que j'enverrais tôt ou tard pour participer à des projets, des demandes de résidences ou de financements.

En 2019, il m'a été proposé de prendre une place au sein des ateliers d'artistes à In Plano, sur l'Ile-Saint-Denis.
J'ai accepté et ai décidé de ne pas y aller.
Il a toujours été clair pour moi que les pratiques artistiques devaient sortir des institutions culturelles. Et au moment de cet appel du 5 décembre, il m'est apparu comme une évidence que ma "pratique" se situe dans le fait de ne pas aller créer dans un espace fermé, de ne pas alimenter une certaine productivité artistique, mais de rejoindre les rues, de manifester autant que possible.
De prendre part à des actions, des prises de parole, à la diffusion d'informations, afin de lutter pour la reconnaissance des métiers et du travail de l'art. Pour aussi œuvrer à la conscientisation et à la politisation des artistes.

J'ai choisi le militantisme comme politique artistique face à la capitalisation de son monde.

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